Il n’y pas réellement un marché de l’art assis sur une base légale, bien codifié et quantifié, encore moins axé sur les paramètres universellement connus. Par contre, c’est un marché qui est informel, qui vit dans l’informel et qui va au bon vouloir des différents intervenants dans le marché, à l’instar des collectionneurs ou acquéreurs qui, pour la plupart, sont d’ordre étatique et/ou public. Ils s’adonnent à cette activité par besoin ou amour de l’art ou simplement pour faire envie du commerce de l’art dans une chaîne inscrite suivant une logique propre à eux et à laquelle ils mettent des lignes qu’eux seuls peuvent orchestrer et organiser. Ainsi s’exprime en guise de réponse, le sieur Abdelhamid Aroussi en sa qualité de président de l’UNAC à la Galerie d’arts Mohamed-Racim. Il ajoute : «Il y a ceux qui ont des avis tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays et font dans la troisième main. Autrement dit, ils achètent pour d’autres. D’autres profitent d’une situation qu’ils jugent bonne et juteuse dans la faiblesse de notre marché au détriment des artistes qui vendent à des prix dérisoires et en-dessous de la valeur réelle de l’œuvre.» Plus explicite, il cite l’exemple de l’artiste peintre Baya Mahieddine alias Haddad Fatma qu’il avait côtoyée de son vivant. Ecoutons-le une nouvelle fois : «Quand, en 1984, j’ai trouvé ses toiles à la galerie, je les ai donc proposées, dans le but de les écouler, à d’éminentes personnalités telles que les ministres ou ambassadeurs.
Au même moment où je les bradais, malgré moi, à une somme dérisoire de 15 000 DA au Sénat, ses œuvres se vendaient à 50 millions aux USA.» Une manière de signifier clairement que l’inexistence d’un véritable marché de l’art dans notre pays fait que les gens, toutes classes confondues, ne connaissent pas la valeur réelle des arts. Du reste, parmi les acquéreurs, il se trouve une cohorte de personnes aisées qui collectionnent juste pour le plaisir de faire comme son voisin ou ami, charmer, et/ou jalouser. Leur ignorance leur coûte, parfois, une dizaine de millions pour une œuvre qui coûterait 10 fois moins cher. Rares sont ceux qui savent apprécier à sa juste valeur les arts plastiques et qui accompagnent dans la durée un talentueux jeune artiste grâce, vous l’aurez compris, à leur flair conforté par les galeristes.
Ce qui se vend le plus ? Vous allez présenter des femmes kabyles dans les montagnes ou à la Casbah, ça plaît beaucoup plus facilement que d’autres œuvres qui, pour la plupart sont des copies, affirme le président de l’UNAC. Là, il met le doigt sur le travail médiocre de certains artistes qui recourent à des duplications plutôt qu’à la création pure. «L’œuvre importante est celle qui s’inscrit dans l’ordre du temps et de l’espace.» Mais peut-on véritablement incriminer au jour d’aujourd’hui l’artiste peintre qui se morfond dans un quotidien difficile car livré à lui-même et sans statut ? D’autres, plus réalistes, à l’instar de l’artiste peintre contemporain Mustapha Nedjai (lire entretien) travaillent carrément à la Sonatrach afin, dit-il, de peindre librement et ne dépendre de personne : «La peinture alimentaire n’existe point pour moi. C’est pure spéculation algérienne.
Je comprends bien mes collègues qui ont recours à ces procédés mais la création doit être indépendante.» De plus, le nombre insignifiant de galeries dans la capitale — à peine une dizaine — n’arrange pas les affaires de jeunes artistes en herbe pour pouvoir exposer et se faire connaître. «Nous avons des galeries à vocation plus commerçante que culturelle. On perd dans l’affaire si on promeut des artistes ou des œuvres qui ne sont pas toujours au niveau de la demande sociale», dira Abdelhamid Aroussi. Il ajoute que la promotion des arts intervient dans d’autres sphères et dans d’autres paramètres. Ce qui nous amène à conclure que les arts plastiques dans notre pays sont non seulement méconnus et ignorés de nombreuses couches sociales plus enclines aux choses matérielles de la vie – des habitudes acquises – mais qu’un travail titanesque de sensibilisation et d’éducation artististique et esthétique doit être mis en branle au sein de l’Education nationale. Et l’avant-projet de loi sur les arts en chantier a tout intérêt à soutenir le marché aussi bien en matière infrastructurelle qu’au niveau de la liberté de création et de commercialisation.
Arts plastiques : Marché de l’art ou trabendo ?
Par Rabah Douik. Le Cap – Arts et Lettres. Edition du 1 octobre 2008
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