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Une satire tortueuse

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Hamid GrineHamid Grine a une plume  limpide, incisive et nerveuse. Il sait être cru sans être grossier, direct sans être familier. Il construit une intrigue serrée et rapide qui emporte le lecteur dans une course précipitée. Il a le sens du détail qui croque une scène, une attitude, une femme ou un homme,  de façon saisissante ou cruelle. Bref c’est un auteur né de fiction populaire. Avec Il ne fera pas long feu il aborde un champ romanesque où les écrivains ne se bousculent pas : celui de la corruption des mœurs publiques à son époque. Certes d’autres le font avec talent, mais souvent  sous une forme abstraite qui atténue les chocs, Rachid Boudjedra avec Hôtel Saint-George par exemple.

Hamid Grine a choisi comme personnage central de son roman un acteur essentiel de la société démocratique contemporaine : un journaliste, propriétaire d’un journal. Il l’a conçu jouisseur au point d’être libidineux, drogué de sexe, complexé, cupide, cynique et assoiffé de succès. Il va chez le psy et a eu une enfance troublée d’épisodes zoophiles. Bref un instrument rêvé pour plonger dans les espaces

glauques ou carrément ténébreux de la société, ce dont l’auteur ne va pas se priver : chantage, calomnies et diffamations pour un commanditaire, corruptions, machinations, manipulations, intimidations à plusieurs fonds où les femmes de petite vertu, bourgeoises ou pas, ont une large part.

Des personnages haut-placés de la politique, de l’industrie ou du commerce se profilent ou traversent la scène. Le talon d’Achille du héros central est sa naïveté, pour le moins, ou au moins son aveuglement, voire sa sottise, devant les manipulations dont il est l’objet, tous surprenants chez un journaliste à la tête d’un journal, personnage par ailleurs cynique et sans scrupules. Il est toujours possible d’avancer pour justifier le choix de l’auteur que Hassoud est victime de son avidité à jouir. On pourrait objecter, cependant, que celle-ci pourrait décupler sa ruse.  L’expérience des puanteurs de remugle peut aussi stimuler le flair aux odeurs de machinations. Bref, au souper avec le diable notre héros n’a visiblement pas la cuiller assez longue. Il sera la première et la seule victime de ses intrigues. La folie dans laquelle il paraît sombrer au final n’est peut-être pas aussi feinte que son avocat chargé de le défendre fait mine de le croire. Il est vrai que l’auteur a pris la précaution d’en faire un client du psy.

Le grand absent de ce roman, sa veuve voilée et silencieuse, est le lectorat du journal, l'Opinion publique. Le journaliste n'est en quelque sorte que  son instrument de connaissance ou son représentant chargé de l'éclairer.  Le personnage de journaliste grotesque et veule, corrompu, cynique mais singulièrement aveugle à la machination qui l’abat, placé par Hamid Grine au centre de son roman, en est le contre-exemple, la preuve  a contrario de son impérieuse nécessité.

Il est vrai que l’auteur a choisi de camper un demi-fou obsédé de sexe. Peut-être y a-t-il là une bonne couverture pour jeter un coup sans indulgence sur la corruption des moeurs de notre époque, en Algérie comme en France ou ailleurs. Les antiphrases sont aussi parfois une arme tortueuse  de la satire sociale.


Une satire tortueuse.
Par Max Véga-Ritter. Artdz/Forum. Article posté le 26 mars 2010.

 

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