Le hammam n’évoque ni le faste oriental d’un Dinet ou d’un Delacroix, ni les images d’Epinal de l’indigénat sous les relents exotico-raciste. Le Hammam de Zohra Sellal est ombre fluides et couleurs chaudes. Silhouettes assises en tailleur, esquisses éthérées, mouvement et gestuelle. Comment dire le hammam en peinture?
Vivacité de la couleur pour exprimer un thème propre à la civilisation ottomane, puis hispano-mauresque, espace féminin, espace clos, inviolable et sacré, les deux silhouettes féminines accroupies, répètent la gestuelle millénaire du bain.
L’ancrage culturel reste présent à travers des thèmes tels que Hchicha talba m’icha, Le petit cireur, Aicha, La targuia, Les autruches disparues (du Sahara s’entent), La djelaba rouge, Le thé à Djanet, Le chèche rouge, spécificités d’un pays d’une culture d’un terroir thème central chez Zohra Sellal, le personnage central, brossé, esquissé, deviné est campé au centre de chaque toile. Figure totémique du visage o’u le regard est souvent tragique: Aicha (visage expressif, ombre assise et regard inquiet et craintif, alentour, tourbillons et tempêtes rouge, bleu, indigo et vert, rageurs exprimant un contexte d’angoisse et d’attente.
Les masques loups empruntés au carnaval de Venise dont la pupille noire observe le visiteur d’un regard lourd et inquisiteur.
Clichés pris sur le vif , l’artiste en demeure la gardienne, tout en dévoilant l’émotion suscitée par le langage visuel qu’est la toile. Danse du fond des âges ou la femme-liane, femme arbre, femme-branche, silhouette sans visage, longiligne, forme évanescente court dans la forêt, poursuivie, entourée de formes naines, mi- humaines, mi animales, entre jour et nuit, entre chien et loup. Le travail sur le personnage central, et la toile de fond se fait dans une étroite symbiose. Halo blanc, lumineux au centre, et fond à dominante bleue, éclairé de touches jaunes, rouges, vertes.
Les toiles, hommage à Si Mohend u M’hand, hommage à Issiakhem et sans titre laissent éclater un contraste saisissant entre le thème central et le reste de la toile. Le personnage semble surgir du néant au milieu de flashs de couleurs aveuglantes.
L’hommage à Van Gogh éclabousse un éclat lumineux de jaune, celui des Iris du célèbre peintre néerlandais. L’intensité et l’éclat du jaune dominant sur la toile renvoient aux champs de blé à l’intérieur desquels Vincent installait son chevalet pour immortaliser ses célèbres natures mortes. Le corps est omniprésent et la vie y est en mouvement : La ourse, Fusion étrange, Les autruches disparues.
La djelaba rouge et le Chèche rouge (si peu réalistes !) constitueraient presque le titre d’un roman ou de l’incipit…Il font référence à un monde arabo-islamique, à une culture berbère, à un passé ottoman, à une histoire hispano-mauresque. Thèmes sans cesse revisités par le biais des couleurs, des formes et des vibrations qui exprimeraient presque une étrange nostalgie liée à un passé lointain ou révolu.
L élément central, reconnaissable au visage ou à la forme du visage est itératif tous au long des 20 tableaux exposés. Les visages humains ont une forme parfois primitive, souvent schématique, Aicha, La targuia, La femme et l’enfant. Vénus ou grâces revisité, ou l’altérité s’expriment toute liberté.
Douleur et crainte règnent sur Le petit cireur. L’enfant est de profil, ses traits sont accentués : yeux immenses et étirés, lippu et regard halluciné. Il représente un contraste de couleurs blanc-noir sur le visage. Pénombre sourde. Le regard porté sur cette œuvre pousse à méditer sur la condition humaine.
Animaux ou humains, monde onirique ou réels, création dans le style des nouvelles tendances néo-expressionnistes, Zohra Sellal surprend, étonne, ravit. Evocations reflets, échos, morceaux de vie ou d’expériences vécues, chaque tableau, chaque titre est une histoire, une nouvelle, une première page entamée, que le visiteur se doit de compléter, selon sa sensibilité et selon sa charge métaphorique exhalée par la toile. Energique, volontaire et puissante, l’œuvre de Zohra Sellal, a tendance nettement expressionniste, suscite une grande admiration.
Expressionnisme et langage visuel.
Par Nora Sari
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