A la veille de la grande fête de la Sbeiba, Djanet a abrité, le 26 décembre 2009, une journée d’étude avec pour thème central «Le patrimoine immatériel maghrébin : élément pour l’édification de l’identité culturelle du grand Maghreb».
La journée d’étude qui s’est déroulée à Ifri, au niveau de la salle de conférences du CFPA, sous l’égide du ministère de la Culture et du commissariat du festival culturel local Sbeiba, a regroupé de nombreux académiciens et chercheurs.
Les allocutions d’ouverture de cet événement par Salah Mokrane, directeur de l’Office du parc national du Tassili, le président de l’APC de Djanet et le président de la daïra ont porté essentiellement sur l’impact du patrimoine matériel et immatériel de la région en particulier et du Maghreb en général sur l’identité nationale et maghrébine.
Le directeur du OPNT a également répondu aux interrogations des journalistes sur les déperditions qui touchent ce patrimoine et qui demeurent liées à une intervention tardive de la part des responsables du domaine. M. Mokrane a indiqué que la préservation de ce patrimoine n’a pris de l’ampleur que grâce à l’application de l’article 98/04 du 15 juin 1998 relatif à la protection du patrimoine culturel.
Il révélera cependant que beaucoup reste à entreprendre pour que ces arts ne disparaissent pas avec les derniers gardiens de ce patrimoine.
Le patrimoine culturel immatériel regroupe entre autres l’ethnomusicologie, les chants traditionnels et populaires, les cérémonies religieuses, les arts culinaires, les expressions littéraires orales, les récits historiques, les légendes, les jeux traditionnels…
- Lala Mokhola, veille toujours
Sous le thème «Ces rites qui nous viennent de loin : à propos de quelques fêtes populaires en Tunisie», le conférencier tunisien, Khanoussi Mustapha, directeur de recherche à l’institut national du patrimoine, a présenté Mokhola, un rite de l’époque romaine.
A Dougga, chaque année, alors que le printemps est bien installé, la population revient vers ce site archéologique, situé à 100 km de la partie sud-ouest de Tunis, pour fêter en grande pompe Lala Mokhola.
Mokhola, la source d’eau protégée par un esprit féminin et qui malgré son tarissement n’a rien perdu de son importance, les participants à ce rite fêtent comme le faisaient leurs ancêtres l’arrivée d’eau.
«Mokhola est resté gravé dans la conscience collective des populations de la région, et les familles s’investissent complètement dans l’organisation de cette fête avec entre autres une collecte d’argent pour l’achat des bêtes à sacrifier», affirme M. Khanoussi.
Le jour de fête, ces familles se rencontrent, discutent, visitent et mangent ensemble la viande du sacrifice. Point de tombeau à visiter, mais seulement un emplacement qui fait le point de jonction entre les canalisations qui transportaient l’eau de la source et les citernes où l’entreposait.
Les comportements de ceux qui y viennent sont, nous le comprenons à travers cette communication, identiques aux visiteurs des tombeaux des saints hommes. Et comme à Sidi Abderrahmane ou Sidi El Houari, on accroche les drapeaux, les mains se posent sur le mur pour lui transmettre des vœux en vue de trouver un conjoint, d’obtenir la guérison d’un proche, aider au succès des enfants dans leurs études ou pour tomber enceinte...
- Pour un classement par l’Unesco
La préservation de l’imzad, cheval de bataille de l’anthropologue, Dida Badi a été au centre de sa communication. Le second intervenant a tenu à insister sur l’importance de l’implication dans cette sauvegarde non seulement des institutions et des chercheurs, mais aussi de la société civile qui doit être considérée comme partie prenante.
Badi est revenu sur l’expérience de l’Algérie dans la préservation de ce patrimoine immatériel qui nous vient des profondeurs des temps. Une expérience entamée en 2002, dans les wilayas de Tamanrasset et d’Illizi et qui aura permis de recenser et d’enregistrer 41 airs d’imzad auprès des anciennes, en sachant qu’aucune de ces femmes ne détient à elle seule l’ensemble du répertoire.
Des airs qui ont été peut-être enregistrés pour la dernière fois, car nombre d’entre ces joueuses d’imzad sont décédées depuis.
Nous apprenons par ailleurs que la joueuse d’imzad, Aïcha Zeguiche, qui avait remporté le premier concours dans le contexte de cette expérience, a quitté son imzad pour rejoindre le ciel, il y a une quinzaine de jours. Elle est partie dans l’anonymat le plus complet, alors qu’elle était considérée parmi celles qui avaient le savoir.
Les airs dont parle Dida ont été, pour les sauver de l’oubli, transcrits dans la langue du solfège et enseignés par des anciennes, telle la défunte Tarzagh, dans des ateliers d’apprentissage pour le jeu et la fabrication de l’instrument de l’imzad.
Il faut savoir qu’il existe des airs accompagnés par de la poésie et d’autres non. Cette poésie a également fait l’objet d’une collecte, d’une traduction et d’une classification selon le thème et le rythme.
Le conférencier reviendra sur la nécessité d’une collaboration maghrébine pour redoubler d’efforts dans la recherche et la sauvegarde de ce patrimoine qui existe en Algérie, en Libye et en Mauritanie. L’objectif sera aussi de veiller à l’inscription de cet art séculaire en tant que patrimoine immatériel universel.
Journée d’étude autour du patrimoine immatériel à Djanet
S. O. Le Temps d’Algérie – Edition du 06 janvier 2010
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