Le Musée d’art moderne d’Alger (Mama) organise, jusqu’au 31 janvier 2011, une grande rétrospective consacrée au peintre M’hamed Issiakhem. Que reste-t-il de l’héritage pictural de celui qui est considéré comme le père de la peinture moderne algérienne ? Eléments de réponse avec les «beaux-aristes».
A l’Ecole supérieure des beaux-arts, celui que Kateb Yacine surnommait «l’œil de lynx» ne représente plus grand-chose. Tout juste certains étudiants lui reconnaissent une stature d’icône mais sans plus, alors que d’autres ignorent jusqu’à son existence, à l’image de Haddad et Yacine, deux étudiants de première année «On ne sait pas qui c’est, affirment-ils. Tous ces peintres du début sont un peu oubliés aujourd’hui. Avant de venir aux beaux-arts, on n’avait jamais vu un tableau de notre vie. On a d’abord fait des études d’urbanisme avant de décider de changer de filière et de venir ici. Il a d’ailleurs fallu qu’on aille en excursion à Bou Saâda pour découvrir Dinet. C’est vrai qu’on manque de culture.» Celui qui a exprimé la douleur comme nul autre dans ses tableaux est cantonné au rôle de père de la peinture moderne algérienne.
«L’art a évolué, affirme Yasmine, étudiante en quatrième année spécialité design-aménagement, il reste le plus important des peintres algériens, mais Issiakhem est un peintre du chevalet, alors qu’aujourd’hui on est passé à autre chose. On est une génération de l’image. Il y a une rupture avec ce qui se faisait avant.» Pour Nourredine Ferroukhi, peintre et enseignant à l’Ecole des beaux-arts, «les étudiants sont très influencés par ce qui se fait en Occident. De plus, la peinture d’Issiakhem est assez complexe, difficile à regarder. Cette nouvelle génération a décidé de rompre la filiation qui la liait avec l’ancienne génération des années 1960 et 1970. Elle est plus portée par les innombrables possibilités qu’offre le multimédia. On est dans la globalisation. Les artistes préfèrent l’image au chevalet».
Beaucoup d’étudiants en tronc commun pointent du doigt l’absence, dans les programmes des beaux-arts, de modules consacrés aux peintres algériens, ce qui expliquerait, selon eux, cette méconnaissance de l’artiste. Issiakhem voué à disparaître ? «Il faut se battre pour qu’il ne disparaisse pas, souligne une enseignante, mais encore faut-il qu’il soit pris en charge par les professeurs de peinture dans leurs ateliers, ce qui n’est pas le cas actuellement. En réalité tout le monde s’en fout. La plupart des enseignants n’ont pas un grand niveau intellectuel et les étudiants sont plus intéressés à intégrer les spécialités qui rapportent, comme celles du design graphique et design-aménagement. Et puis vous, les médias, ne faites rien pour faire connaître les artistes algériens ! Y a-t-il une émission sur l’art à la télévision ? A la radio ? La dernière exposition consacrée à Issiakhem remonte à plus de quinze ans, vous trouvez cela normal ?»
La deuxième mort de M’hamed Issiakhem ?
Par Salim Mesbah.
El Watan du 03 décembre 2010
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