Alger s'anime! Et devient pour cette fin d'année, la dernière escale pour l'étoile Kateb Yacine. Après Annaba, Sétif, Constantine et Souk Ahras, l'espace Cosmos - Oref a accueilli à bras ouverts l'auteur de Nedjma, l'œuvre maîtresse du génie littéraire algérien. Une très belle perspective en ciné- romance, en théâtre et en musique initiée par Neef prod, en collaboration avec l'Agence algérienne du rayonnement culturel. Ce jeudi, tant de mots et de rythmes, des mots en rythmes ont célébré Yacine. D'abords son fils: Amazigh. Et c'est une folle poésie d'amour et de reconnaissance qui en a jailli ! La verve inspirée par Yacine s'est exprimée par la voix de son fils Amazigh, seul sur la scène. Moments d'intimité partagée avec le public. Moments rares ! Les Kateb étaient ce soir-là réunis par l'amour d'un peuple et sa liberté de vivre ! En coulisses, Amazigh, personnage atypique, a bien voulu nous livrer ses sentiments sur ces événements qui fleurissent inopinément autour de l'œuvre et la vie de Kateb Yacine: son père !
- Algérie News : Quel est votre sentiment, ce soir, face à cette dernière escale pour l'étoile Kateb Yacine ?
Amazigh Kateb : En fait, je n'ai pas fait les cinq escales. Là, aujourd'hui, je n'en ai fait que trois. Constantine, Sétif et Alger. Ce que j'aime le plus dans ce genre d'événements, parce qu'il n'y a pas eu que ceux là, mais aussi d'autres hommages qui ont été rendus je crois à Béjaïa, à Oran, à Sidi Bel-Abbés…en Algérie, en France et même ailleurs. Il y en a d’autres. Moi la chose qui me touche, c'est quand les jeunes artistes, les jeunes troupes, les jeunes poètes s'accaparent l'œuvre et la font vivre, la mettent en espace...ils font des lectures vivantes, ils font des choses qui donnent du relief à l'œuvre, qui lui donnent un nouveau souffle, une nouvelle vie ! ça me touche finalement beaucoup plus que les grands hommages officiels. Je sais que mon père n'était pas quelqu'un qui fréquentait les salons officiels et je sais aussi que ce qui lui importait le plus était le peuple : c'est d'ailleurs pour cela qu'il a arrêté l'écriture pour passer au théâtre ; parce qu'il ne voulait plus de barrières liées à la lecture ou à la pratique de la langue française ou autre. Donc, il s'est mis à faire de l'écriture pour la déclamation, pour le théâtre ! Et je pense que même lui, s'il était encore vivant et, quelque part, il est vivant à travers ses jeunes gens qui font ce travail là, je pense que s'il était là physiquement, il serait beaucoup plus heureux de ces petits montages qui se font et de cette réelle volonté qui témoigne d'un vrai amour du texte et peut-être de l'œuvre que de tout ce qui peut être symbolique, pompeux, officiel, étatique,...etc.
- Ce qui est intriguant, c'est que de conférences en rencontres, aux journées, parfois les propos qui racontent Kateb Yacine sont contradictoires ...
En fait, lorsqu'une personne est publique, il faut toujours s'attendre à ce qu'il y ait un peu de fabulation autour d'elle. Il se trouve que c'est quelqu'un autour duquel il y a, énormément de fabulation, c'est quelqu'un qui était très accessible, qui a eu énormément de connaissances, de rencontres dans sa vie. Des gens l'ont rencontré 5 min et vont dire :" je connais ton père mieux que toi". Même moi ça m'est arrivé .Des gens me racontent la vie déformée de mon père, alors que je sais pertinemment que ce n'est pas vrai et je leur dis :" non, ça ne s'est pas passé comme ça. Ils s'obstinent quand même. le trouve ça regrettable. Malheureusement, ces gens là, ont beau tirer la couverture vers eux et se servir de Kateb Yacine, comme d'un faire-valoir, de quelque chose qui va leur donner de la valeur, ils n'arriveront jamais en tous cas à contredire l'écriture. Parce que les écrits restent. Ils peuvent toujours fabuler, raconter des anecdotes pour se donner de l'importance à travers quelqu'un qui n'est plus. Toujours est- il, que de son vivant, eux, étaient des toutous, même s’ils l'ont vraiment côtoyé. Ceux là ne bougeaient pas une oreille ! En tous cas, ce qui est sûr, c'est que ce qu'il a laissé et écrit noir sur blanc et c'est indéformable ! Pour moi, c'est ce qui est important; ça fait 20 ans que ça se passe comme ça, si j'en étais touché, j'en serais malade aujourd'hui.
- Ce n'est pas le cas, mais comment envisager de mettre le holà sur ces déclarations à tout va ?
Il y a une fondation qui 's'appelle l'IMEC, Institut de la mémoire et de l'édition contemporaine, qui est justement une fondation qui préserve des manuscrits d'anciens auteurs. Le siège de l'IMEC se trouve en Normandie en France. Et là-bas, sont stockés énormément de fonds, de photos, des écrits, des textes tapés, des versions de certaines éditions qui ne sont pas parues, qui ont été modifiées, ... donc, des étapes de travail en fait. Il y a même des traces vidéos. Dernièrement, des gens ont même dépose quelques images cinéma... Etc. Donc il existe de vraies archives !
- L'idéal serait peut-être de créer aussi en Algérie, un fonds ou une fondation pour la mémoire et la protection de l'œuvre de Kateb Yacine ?
Ça m'a trotté dans la tête de monter une fondation et puis c'était tellement compliqué que j'ai lâché ! C'est une prise de tête, tout est une prise de tête. Ce matin, je suis allé à l'ONDA ; on m'a demandé. 15000 papiers pour déposer un dossier alors que j'ai déjà 5 disques sur le marché ! Je n'existe même pas dans leurs dossiers, alors....tout est super compliqué !
- On ne vous a pas vu à l'occasion de la création des journées Kateb Yacine 2009, en octobre dernier, au Palais de la culture?
Je n'étais pas invité. Personne ne m'a proposé de participer aux journées Kateb Yacine 2009. Si on m'avait-invité, je ne F aurais pas refusé pour le plaisir. Bien sûr, si on m'invite à quelque chose qui est contraire à mes principes, ok ! Par contre si c'est pour commémorer mon père et que l'invitation est dans les temps. Et là, en l'occurrence, je n'ai pas reçu d'invitation du ministère, encore moins de Ziani Chérif Ayad. Après, il n'avait peut-être pas mon adresse, peut-être aussi que je ne suis pas indispensable. En tous cas, Kateb Yacine ce n'est pas moi. C'est un personnage public ! Moi ne suis que son fils, donc à partir de là, ma position est vraiment très détachée, il serait prétentieux de dire comment, vous m'avez pas invité ? D'ailleurs, je ne sais même pas quand a eu lieu cet hommage. Par contre, sur Youtube, j'ai vu la lecture sauvage des textes de Kateb Yacine par le groupe. Bezzef durant le Salon du livre d'Alger. Je sais que les compagnons de Nedjma lui ont rendu hommage à Béjaïa; ils m'ont invité ; hélas! je ne pouvais pas, j'étais en concert ! En gros, je te résume le truc : il y a une grosse différence entre un hommage officiel et un hommage tout court. Un hommage officiel est un hommage symbolique. Un hommage tout court est un acte d'amour et de reconnaissance.
- Des événements tout de même qui ont le mérite de rappeler au souvenir et à la mémoire contre l'oubli et pour les jeunes générations des grands hommes comme Kateb Yacine ?
C'est bien ce que je dis, on l'utilise comme une icône ! Comme un symbole, donc ça ne me concerne pas en vérité ; ça ne me touche pas directement. Je pense, d'ailleurs, que si on doit organiser quelque chose autour de Kateb Yacine, ce ne sont pas des journées mais plutôt des nuits. Parce que c'était un noctambule. Et puis, il y a beaucoup plus que trois ou quatre journées dans l'année, beaucoup de gens respirent katébien. Dans ce pays et ailleurs… Beaucoup de gens travaillent dans l'ombre. Et ils le font bien. Quand leur travail paraît, ça marche ; ils font des montages poétiques, des pièces de théâtre, ... Souvent, on me demande des droits pour des montages, même des travaux universitaires, des travaux scientifiques justement ; donc je sais que la chose avance entre les mains de gens sérieux. Après, tu ne pourras jamais empêcher certains de faire du bruit juste pour le plaisir. Ils se fatigueront à un moment donné. Tu sais, quand c'est creux, quand, t'es juste dans la gloriole, en général, ça ne va pas très loin. Si tu as vraiment une substance à communiquer aux gens, tu ne vas pas aller chercher le nom de Kateb Yacine pour la communiquer ! Après, moi, je n'ai pas besoin de jouer au cerbère. En tant qu'artiste, j'ai une autre vision ; ce genre d'événements peut bien être dans un certain cadre, dans une certaine mesure, mais le truc le plus important, c'est de travailler sur l'œuvre, c'est plus ça qui me touche que toutes les intentions du monde. Il a un peu deux personnes dans Kateb Yacine. Il y a mon père mais aussi quelqu'un qui ne m'appartient pas. Le personnage public. Je le répète encore, il n'y a que son écriture" qui le défend le mieux. Même de son vivant, d'ailleurs, on a essayé de le tuer avec ce truc là. Justement, le phénomène d'icône, parfois, tue le propos.
- Bled tour 2009, votre tournée prévue initialement du 1er au 12 décembre en Algérie : annulée ou reportée ?
Ça n'a jamais été de ma faute (rire) ! Je n'ai jamais fait faux bond. Je sais que beaucoup de gens ont été déçus, y compris moi. Il faut croire que c'est difficile de monter des événements dans ce pays parce que, apparemment, dès qu'un organisateur essaye un peu d'élargir, de faire quelque chose qui va au-delà d'une seule ville, en l'occurrence c'était neuf villes au départ, puis dix après et puis cinq et au final rien ! Je pense qu'il y a de vrais soucis de logistique, de matériels et de lieux. Des salles n'ont pas donné d'autorisation. Forcément, après, il y a eu plein de choses qui n'étaient pas carrées, calées ... En clair, .ce n'est pas moi l'organisateur, je n'ai pas les détails des rouages, mais, en fin de course, les conditions n'étaient pas réunies pour faire cette tournée. Donc l'organisateur, Monsieur Lafïfi, a décidé de la reporter au premier semestre 2010, donc j'espère ! En ce qui me concerne, c'est faisable.
- Quelques mots sur votre dernier album «Marché noir tour» ...
Il est disponible sur le marché depuis le 27 octobre dernier ; il est sorti chez Izem production. Il est, je pense, mieux distribuer ici et en Kabylie, peut-être un peu plus qu'à l'Ouest. Je pense encore qu'il y a des petits soucis d'acheminement des stocks. Mais normalement, d'ici, la fin de l'année, il sera distribué partout en Algérie. Je pense à Oran ou certaine ville de l'Ouest, qui sont un peu loin de Izem, de là où il distribue d' habitude.
- Qu'avez-vous choisi d'offrir à vos fans ce soir ?
Je n'ai pas choisi vraiment. Je vais chanter un poème de mon père. Mais moi, je vais lui rendre hommage à ma manière. Je vais chanter mes chansons à moi. Juste avec le gumbri. Donc tout seul. Maïs je ne sais pas encore ce que je vais chanter. Sincèrement, ce sont souvent les gens qui suscitent de l'émotion, souvent le public me demande d'interpréter ça ou alors ça ! Je n'ai pas vraiment de programme. En général, j'ai une intro à peu près quoi. Des fois, j'ai un final, mais je le sabre moi-même. Je change d'avis ; en tous cas, il y aura, des morceaux de mon nouvel album, quelques anciens peut-être aussi...
Kateb Yacine, ce n'est pas moi. C'est un personnage public...
Amazigh Kateb, à Algérie News. Edition du 19 décembre 2009
Propos recueillis par Samira Hadj Amar












