PostHeaderIcon Khadra, Sartre et Camus

Les dossiers d'Artdz - Yasmina Khadra

Yasmina Khadra est passé à  l'émission du samedi soir de Fr2, de Laurent Ruquier.

Avec un art bien rodé de la muflerie poussée au comble de la grossièreté bon chic non genre, l'animateur de l'émission a distillé la lecture de quelques maigres  passages du dernier roman de Yasmina Khadra, entre des éructations et autres borborygmes de Joeystar accueillis avec un respect de bon ton, et des propos vides d'intérêt de telle ou telle personnalité médiatique, reçus avec empressement ou considération polie . L'auteur algérien a été relégué à la dernière minute de l'émission. Entretemps, le clou véritable avait été le passage sur le grill de la Ministre des Beaux Quartiers, par ailleurs fossoyeuse de l'Université et de la Recherche, accessoirement du recrutement des enseignants.

Finalement,  deux petits marquis du parisianisme, l'un dans le style petit-bourgeois qu'il cultive avec un soin méticuleux, l'autre dans la version bo-bo en costume de gauche non moins étudié, sont alors tombé dans les bras l'un de l'autre pour s'affliger de "l'ingénuité" du dernière roman de l'auteur algérien ou de sa "naïveté".Fi donc! On ne la fait pas comme ça à nos deux gaillards! Et de la part d'un ancien officier de l'ANP, comme n'a pas manqué de le rappeler le premier! Ah! si encore l'écrivain était passé par un des hauts lieux de l'éducation occidentale, parisienne ou américaine! mais non! par l'ANP et même la lutte contre le terrorisme! Seule petite divergence entre les deux Dupond/t du parisianisme: l'un porte aux nues le français, souligné, de Yasmina Khadra, l'autre a une petite moue pleine de réserve circonspecte.

Rien sur la violence du propos de l'auteur. Violence physique, morale, sociale ou religieuse. Rien sur sa dénonciation du sexisme et du machisme, de l'hypocrisie et du mensonge, du mépris et du désespoir. Rien sur l'amour du petit peuple et de l'humanité en détresse. Le Parisianiste s'apitoie sur la déchéance du  peuple lorsqu'elle est à distance, pas lorsqu'il l'a en partage. Fi donc! Rien ne doit troubler la bonne conscience parisienne ni la faire se départir de l'élégance choisie. Ne voilà-t-il pas que l'auteur algérien se mêle de sortir des considérations sur l'Orient ou l'Occident (ah! le beau sujet pour les discussions de Salon!), quitte  son rôle de représentant de l'Orient et parle de condition humaine, forcément commune, fangeuse, minable, répugnante mais partagée par toutes et tous.

Pourtant les français, eux, sont hantés par les clodos. Ils redoutent d'en devenir eux-mêmes. Cette humanité qu'on refoule aux frontières resurgit à l'intérieur, au milieu d'eux, et prend figure de destin possible, de chacun. Défendre les sans-papiers? éventuellement, oui! évoquer l'humanité commune, la déchéance qui hante et angoisse: là, c'en est trop. Mais diront de mauvais esprits : n'est-ce pas là le message de Mice and Men de Steinbeck , ou celui de Faulkner dans son œuvre? certes, mais eux sont américains, le pays de la réussite qui fascine. Cela change tout.

Certains ricaneront et lanceront qu'allait donc faire l'auteur dans cette galère? on a cru même saisir fugitivement un air de surprise sur le visage de celui-ci, preuve de sa naïveté. Pourtant la confrontation avait tout son intérêt. Il y avait là là comme un écho de la querelle entre Sartre et Camus. Sartre, certes, y était un peu abâtardi mais sûrement pas Camus.


 

Khadra, Sartre et Camus.
Par Max Véga-Ritter . Forum Artdz. Message posté le 24 janvier 2010.