Remettre sur le tapis... Par Samia Chikh ArtDz, Alger le 09 avril 2007.
Le frâch
du Djebel-Amour, par son aspect strictement géométrique semble être le
tapis le plus représentatif de l'art du tissage du Maghreb. Son décor
sobre et pur pourrait bien être une survivance des vieux thèmes de
composition que les apports de l'Orient dans les autres régions de
l'Algérie, ont modifié, parfois embelli, mais souvent alourdi. Pourtant
le reggâm, dans le temps, et, actuellement la tisseuse, fait
appel pour sa réalisation aux points noués et coupés une technique
importée, semble t-il de Ghiordès en Asie Mineure.
Les q'tif
sont le support sur lequel les Maître Tisseurs ont laissé exprimer
toutes leurs âmes d'artistes, puisant et stylisant dans tous les
répertoires des arts les plus divers. Cependant, ces tapis se
caractérisent par une technique qui est d'une originalité toute
particulière : La laine est nouée sur les chaînes en longues boucles
qui ne sont généralement ni coupées ni arasées par la suite, un procédé
de réalisation qui semble inconnu en Orient,
Je m'excuse de remettre l'art du tapis sur le tapis… mais j'avoue que
vos échanges sur « le problème de l'identité » me donne envie d'évoquer
cet art populaire
. Quand le frâch affiche une « authenticité » de signes alors qu'il se réalise avec une technique importée et que le q'tif semble
accepter toutes les « modes » alors qu'il demeure fidèle à une
technique dont les origines sont des plus obscures et que seul le texte
de Yakut El Hamaoui dans « Mudjam' al Buldân », au XIII
eme,
fait référence à son originalité, je suis émerveillé devant le génie de
cette expression populaire dont de magnifiques spécimens sont exposés
au Musée National des antiquités et au Musée National des arts et
traditions populaires. Le geste de ces reggâm, qui sillonnaient les contrés et chargés de nouvelles
approches ils rejoignaient leurs régions et parvenaient avec naturel et
conviction non seulement à les intégrer dans les tapis mais également à
se les approprier ; car les archives que j'ai pu consulté ne rapportent
aucunement l'existence d'une frontière entre l'originel et le nouveau,
à aucun moment le reggâm n'a séparé avec une bande ce qu'il avait dans ses
bagages avant ses voyages de ce qu'il a rapporté avec lui. Le tout
devient sa création, son Å“uvre, son tapis et le tout fait partie d'un
ensemble. Ces parcelles de mémoires constituent notre patrimoine et je
suis convaincu que le geste des reggâm a également contribué à enrichir d'autres répertoires et d'autres identités.
J'ai
eu le plaisir et je garde profondément en souvenir des moments précieux
quand j'ai enregistré avec Mr Fares « Légendes urbaines », consacrée à
mon livre sur l'art du tapis en Algérie… Il est vrai que dans l'art
populaire les signes qui nous viennent d'un temps où nous étions encre
à l'écoute et en contact avec des mondes parallèles… nous proposent un
voyage dans le temps. Nous les avions probablement rendu mystérieux et
nous avions confié à ces symboles d'être les intermédiaires.
Ma grand-mère (tisseuse de Hambel)
a toujours répondu à mes questions par des poèmes. Quand je lui
demandais ce que voulait dire cette assemblage de petits carrées, ou
cette succession de petits triangles, elle me racontait l'histoire d'un
hiver rude, promesse d'un printemps doux de jardins fleuris ; et
parfois elle se taisait. Elle n'est plus de ce monde mais elle a bien
connu ce langage. A son époque les signes étaient importants, il y
avait ceux qu'on ne mettait jamais sur un tapis de mariée et d'autres
qu'on devait absolument intégrer dans sa composition. Ma grand-mère
aimait bien parler de tapis mais appréciait moins les questions sur la
signification des signes qu'elle tisse.
Peut-être avait elle peur que d'autres, d'un monde parallèle déchiffre
ce code ? Où alors au fond de son coeur, une voix lui disait que je ne
comprenais pas son langage… ?
Les questions que pose mon ami Aziz Fares nous mènent à en poser
d'autres…. C'est l'effet printemps ! alors je me lance ! D'autres
diront qu'il faut un décodeur…
Prochainement sur Art Dz
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